« La démocratie, c’est le gouvernement du peuple, par le peuple, et pour le peuple.» Abraham Lincoln. Ce corpus de documents traite de la démocratie et de la représentation. Il convient donc de définir ces termes. Le terme de démocratie vient du grec dêmos : le peuple et de kratos : le pouvoir, l’autorité.
La démocratie est le régime politique dans lequel les pouvoirs sont détenus ou contrôlés par le peuple sans qu’il y ait de distinctions dues à la naissance, à la richesse ou à la compétence. Elle a été inventée dès le Vème siècle avant Jésus-Christ à Athènes. En général les démocraties peuvent être directes, indirectes ou représentatives.


Le principe de représentation dans la théorie de Hobbes est le fait que le peuple n’existe que par son représentant. La représentation lui a permis de légitimer le souverain absolu, en retirant du pouvoir aux sujets. Les origines de la représentation se retrouvent au Moyen-âge dans le cadre de l’Eglise, elle servait à unifier le peuple et à relier le grand nombre de croyants. La représentation peut être corrélée au principe de souveraineté nationale introduit au départ par Montesquieu puis repris et complété par Sieyès. Rousseau avait lui développé le concept de souveraineté populaire et s’oppose donc à Montesquieu et à son idée de la représentation, Rousseau considère est à proscrire parce qu’elle exclut le peuple. La souveraineté nationale implique obligatoirement la représentation et l’électorat-fonction. La représentation dans la théorie de Sieyès est le fait que seuls quelques-uns des citoyens participent par le suffrage à la désignation des représentants, mais tous les citoyens sont représentés. Le vote, dans la souveraineté nationale, n’est donc pas un droit mais une fonction. Cette conception entraîne la mise en œuvre d’un système électoral censitaire.


De plus, la démocratie peut intégrer le principe de représentation et de ce fait, être qualifiée de démocratie représentative. Il s’agit d’une des formes de la démocratie dans laquelle les citoyens expriment leur volonté par l’intermédiaire de représentants élus à qui ils délèguent leurs pouvoirs. Ces élus, qui représentent la volonté générale, votent la loi et contrôlent éventuellement le gouvernement. La représentation n’est pas forcément démocratique et inversement la démocratie n’est pas obligatoirement représentative. On peut réduire le contexte spatial à la France et à d’autres démocraties à titre de comparaisons. Au niveau du contexte temporel : depuis l’introduction du concept, c’est-à-dire au moment de la Révolution Française de 1789 jusqu’à nos jours, en 2019. On peut alors se demander, quelles sont les conséquences de l’instauration du principe représentatif dans la démocratie, on peut notamment s’interroger sur les limites et sur les évolutions possibles.


Afin de répondre à ce problème nous traiterons en premier lieu de la démocratie représentative (I) et en second lieu d’un dépassement de cette démocratie représentative : la démocratie participative(II).


I : La démocratie représentative :

La démocratie représentative semble être un système présentant de nombreux avantages puisqu’elle est très répandue dans les régimes contemporains. Montesquieu considérait que le grand avantage des représentants, c’est qu’ils sont capables de discuter des affaires, le peuple n’étant point du tout propre à cette tache. Mais on peut se poser la question de savoir si la représentation trahit ou accomplit l’idée démocratique. C’est pourquoi dans cette partie consacrée à la démocratie représentative nous traiterons tout d’abord le concept en général (A) et par la suite les limites de la démocratie représentative (B).


A : Le concept de démocratie représentative :

Pour commencer, on peut dire que l’expression « démocratie représentative » apparait pour la première fois avec Alexandre Hamilton en 1777 dans une lettre à Gouverneur Morris. La Révolution Américaine, qui a eu lieu pour des raisons différentes de celle française a permis de dissocier la démocratie représentative (démocratie des Modernes) de la démocratie qu’on peut qualifier de « pure » (démocratie des Anciens). La démocratie représentative permet un bon fonctionnement du système à grande échelle, la démocratie des Anciens ne s’appliquait que sur un tout petit territoire et n’était pas applicable à un territoire d’une superficie comme celle de la France. En outre, il y a eu un processus de démocratisation du gouvernement représentatif du VIIIème siècle à nos jours. La démocratie représentative est donc un régime contemporain. La représentation comporte des éléments démocratiques, notamment la possibilité pour tous les citoyens de demander des comptes aux représentants à la fin de leur mandat et de les congédier si leurs performances au pouvoir ne sont pas jugées satisfaisantes. Ces deux principes sont donc bien susceptibles d’être associés.


Les principes de la démocratie représentative sont premièrement que les élus sont choisis par des élections qui ont lieu à intervalles réguliers, ce qui permet aux citoyens de sélectionner ceux qui gouvernent et surtout ce qu’ils font pendant leurs mandats.
Le deuxième principe est l’indépendance dans la prise de décision des élus en fonction. Il n’y a aucune contrainte qui les oblige à prendre telle décision.
Le troisième principe est la plaidoirie : le peuple peut exprimer son opinion ou ses griefs, ses revendications aux représentants qu’ils ont élus.
Le quatrième principe est que les décisions publiques sont soumises à «l’épreuve de la discussion». Cette épreuve permet de mettre à l’épreuve, examiner, tester les décisions publiques. Le cinquième principe est la représentativité de la représentation, il faut que les représentants soient représentatifs de la volonté de la nation. Quand un citoyen vote, il choisit quelqu’un pour former une majorité à l’Assemblée Nationale mais il le choisit aussi parce qu’il y a un voisinage d’idées et d’idéologies. Sans représentativité, l’Assemblée Nationale reflèterait seulement les vues personnelles des législateurs sans corrélation avec la société civile.


La représentation rend possible la stabilité de la démocratie, Paine disait même que la démocratie représentative surpassait même la démocratie « pure » parce que dans un gouvernement représentatif le Parlement et les institutions sont toujours connectés au peuple de façon médiée. De surcroît au cours des dernières décennies, des institutions nouvelles comme les cours constitutionnelles exerçant un contrôle de la constitutionnalité des lois et des agences « indépendantes » non élues, se sont implantées dans un nombre de démocraties représentatives et nous montrent le caractère mixte et flexible de nos démocraties. La représentation ne comporte donc pas seulement des éléments démocratiques, nos démocraties représentatives ont un caractère mixte (d’après Aristote et Polybe) flexible mais stable. Cependant, la démocratie représentative peut poser problème, notamment en rapport avec l’élitisme, c’est ce que nous allons voir dans notre deuxième sous-partie.


B : Les limites de la démocratie représentative, une «crise de la représentation» :

Jean Jacques Rousseau a, dans le livre III du Contrat Social, souligné la contradiction entre démocratie et représentation, cette dernière supposant une certaine aliénation du pouvoir politique à autrui, dans des systèmes où l’on ne gouverne point par mandats impératifs. Ainsi, en réfutant l’éloge fait par Montesquieu de la Constitution anglaise, Rousseau soutient que le peuple anglais n’est point libre. Car il n’est libre que le temps d’une élection.
Il peut exister une déconnexion entre les représentants et les représentés, on pourrait penser que cela est synonyme d’une crise de la représentation due justement à l’élitisme de nos régimes, les élus ne sont pas strictement tenus de réaliser les vœux de leurs mandants, même s’ils ont reçu leurs mandats des mandants par les élections. La représentation politique est en fait une violation de la représentation du fait de l’exclusion du mandat impératif, les représentants ne sont pas de simples commis des électeurs. Pour Bourdieu il y a une crise de la représentativité de la représentation nationale :
Les représentants ne sont pas représentatifs : Les élus appartiennent généralement à un rang social plus élevé que celui des électeurs : il s’agit en général d’hommes âgés possédant un capital culturel supérieur à la moyenne ce qui a contribué à produire un sentiment de malaise. Les intérêts défendus par les représentants ne sont pas les intérêts des représentés du fait du principe de l’indépendance des décisions politiques. Ce malaise se traduit par l’abstention et le vote pour des partis extrêmes ou hors systèmes. La viabilité du système représentatif serait peut-être menacée si les citoyens étaient des abstentionnistes dits « hors-jeu » systématiques. Ce que l’on appelle une crise de la représentation est en réalité, selon Bernard Manin, un caractère constant du régime représentatif: « la démocratie représentative n’est pas un régime où la collectivité s’autogouverne, mais un système où tout ce qui tient au gouvernement est soumis au jugement public ».


On peut se poser la question de savoir si la démocratie représentative est élitiste. L’élite est définie chez Pareto, comme l’ensemble des individus qui manifestent des qualités exceptionnelles et qui font preuve d’aptitudes éminentes dans quelque domaine que ce soit. Chez Mosca, l’élite se caractérise par sa capacité à acquérir des mécanismes de domination, pour Sieyès, les élites sont ceux qui étaient aisés financièrement.


Sur ce sujet, il convient de nuancer nos propos. Les élites jouent en effet un rôle important dans le gouvernement représentatif mais notre société n’est point composée que d’élites mais par l’élection nous élisons des personnes qui font partie des élites. L’élection qui est en vigueur en France par exemple, reste le principe le plus usité dans le choix des représentants. L’élection est par nature aristocratique, le tirage au sort démocratique, dans la mesure où l’une favorise la naissance d’une élite tandis que l’autre donne à tous les citoyens qui le souhaitent une même probabilité de participer à la gestion des affaires publiques. L’élargissement du suffrage électoral et l’abolition des conditions d’éligibilité ont néanmoins contribué à une démocratisation du processus électif.


On peut se demander si le tirage au sort du fait de sa qualité démocratique, ne serait pas un moyen de rendre les représentants plus représentatifs ou par des échantillonnages aléatoires, les citoyens seraient sélectionnés comme membres d’une classe de personnes. Les élites sont plus aptes à être au cœur de la prise de décision politique alors que certains citoyens qui ne s’intéressent pas à la politique ou qui sont désocialisés seraient incompétents pour représenter la nation, notamment s’ils étaient tirés au sort. L’information est très importante dans nos régimes. Dans le cadre du tirage au sort, on peut s’interroger sur la légitimité du panel.


Pour ce qui est des échantillonnages aléatoires, les individus ne sont pas le reflet de leur groupe d’appartenance d’après Nadia Urbinati.
Les quotas ne sont pas non plus une solution pour rendre les représentants plus représentatifs, les quotas représentent une violation des principes de base de la citoyenneté démocratique et parce qu’ils représentent des mesures exceptionnelles prises pour protéger une minorité du risque d’être absorbé par la majorité. Nadia Urbinati est elle pour une politique des 50%. Mais les quotas, le tirage au sort, les échantillons aléatoires ne répondent pas aux problèmes posés par la représentation. Ces problèmes engendrés par la démocratie représentative entraînent une volonté de changement de régime c’est pourquoi il convient maintenant d’envisager notre deuxième partie qui traite de la démocratie participative, une évolution possible de la démocratie représentative en réponse à la crise de la représentation…. A suivre